On est donc officiellement en panne. Le moteur commence à fumer dès qu’on tente de faire 1 km. On a bien dû ajouter en tout 5 litres d’eau dans le radiateur. Mais tout se barre dessous.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis d’un naturel plutôt zen dans ces cas là. On est à peu près certain de croiser des gens sur la route. On a de quoi boire et manger pour deux jours… Ça pourrait être largement pire que ça. Je pense que le fait de garder mon calme pour tenter de trouver la meilleure solution aide tout le monde à ne pas trop se prendre la tête. On est en panne, maintenant on le sait. Si en plus tout le monde commence à péter une durite, ça ne va pas arranger les choses. S’arracher les cheveux, brailler un bon coup ou péter le parebrise à coup de barre à mine, ça peut en relaxer certains. De mon côté, je préfère juste attendre la prochaine voiture pour lui expliquer la situation et lui demander poliment de quelle façon elle pourrait nous venir en aide.
L’attente commence. Il est 7h.
A 8h, on entend au loin une voiture qui se dirige vers le NP. Cest un couple qui ne peut rien pour nous car ils s’y connaissent autant que moi en mécanique. Mais il nous dit qu’il va voir s’il voit quelqu’un au NP qui pourrait faire quelque chose. C’est un début.
A 8h30, deux nanas qui semblent être des officielles du NP arrivent. Elles semblent super concernées par notre affaire. Et nous assurent qu’elles vont prévenir les Rangers du parc et qu’ils devraient pouvoir faire quelque chose dans les heures qui viennent. Elles me quittent en disant : “It’s gonna be a long day”.
Il faut savoir que pour rejoindre le parc, c’est 1 heure de route. Ensuite, il faut prévenir quelqu’un en ville, et de là, il faut compter 2h pour arriver jusqu’à nous. Et plus de deux heures pour nous remorquer. En gros, si tout se goupille au mieux, on peut espérer rejoindre la ville la plus proche aux allentours de 17h…
Comme je veux éviter de me casser le pied, et qu’il fait trop chaud pour perdre de l’eau inutilement, je vais faire l’impasse sur le pétage de câble.
Stephi ne comprend pas comment je peux rester aussi calme. La dernière fois qu’elle était en panne, elle s’est faite une petite crise de larme en apéro pour terminer par une série de coups de pieds dans les pneus, histoire de voir si ça pouvait résoudre son problème de moteur… Bref, elle pète un câble. Vu que je ne vois pas bien l’intérêt de me casser un pied en plus, je préfère juste arrêter toutes les voitures qui passent.
Justement, une autre voiture arrive avant 9h. Une nana seule, qui appartient à l’équivalent du ministère de l’environnement du WA. Je lui explisque le topo et lui dit que deux autres voitures se sont arrêtées, et vont prévenir les rangers au NP. Elle me dit d’abord que c’est n’importe quoi, ce n’est pas le boulot des rangers de nous aider. Il faut aller directement en ville. Voilà la bonne solution. Les téléphone ne captent pas, ici. Mais elle a une radio haute fréquence.
Après une bonne minute à tripotter sa radio, elle m’avoue toute penaude qu’elle ne sait pas s’en servir. Parfait. Et ensuite, finalement, elle décide de faire exactement la même chose que les deux premières voitures : aller au NP pour prévenir quelqu’un. Et elle termine par la phrase culte du jour : “Courage, ça va être une longue, longue journée”.
Merci, je commence à m’en rendre compte.
L’un de ceux que j’ai arrêté était un mécanicien à la retraite qui nous assure que ça ne vient pas du radiateur mais de la pompe à eau. Il me dit que c’est moins cher si ce n’est que la pompe à eau, mais qu’il espère que je n’ai pas cramé le moteur en tentant de rouler trop longtemps circuit de refroidissement… Ok, on verra ça plus tard, pour l’instant, on est coincé là mon bonhomme. Si tu pouvais aller prévenir quelqu’un !
Finalement, pas moins de 6 personnes nous promettent (croix de bois croix de fer si je mens, j’aurais pas de dessert) qu’ils vont nous trouver de l’aide. Trois dans le sens du parc. Et trois autres dans le sens de Karratha qui nous ont dit qu’ils allaient prévenir le “visitor center”.
C’est parti pour une longue, longue attente. On arrête même plus les voitures : six personnes averties, c’est suffisant.
Sauf qu’à 14h, personne. Pas de news, rien. Ça fait 6h qu’on a prévenu la première voiture… Et on est plus à Perth. La température atteint les 35°C… Mais on a de l’eau et de la bouffe, et Janis nous donne un peu d’ombre. Donc on est paré.
Enfin, une autre voiture arrive. Cette fois, je l’arrête. Je lui refais le speech. Je lui explique la situation. Stephi qui a un meilleur anglais que moi vient à ma rescousse pour expliquer encore mieux. En insistant bien sur le fait qu’on attend depuis des plombes, en plein soleil.
Le gars s’appelle Howard King. Il travaille pour la Water Corporation. Il ne comprend pas qu’on ait pu rester aussi longtemps ici. Il a une radio pour appeler son taf, mais personne ne prépond. Heureusement, il a un téléphone sattelite. Il tente d’appeler tous les garages qui seraient susceptible d’avoir un tow-truck (de quoi nous remorquer, quoi). Aucun d’eux n’a été prévenu qu’on était là. Il appelle le visitor center de Karratha : ils ne sont pas au courant non plus.
Là, on hallucine. Sur les 6, il n’y en a pas un qui a prévenu la cavalerie !! Howard est plutôt contrarié aussi. Du coup, lui qui se dirigeait vers le NP nous propose d’emmener 3 personnes avec lui à Karratha, parce que la personne qui vient remorquer le van ne peut emmener que deux personnes avec lui. Je reste donc avec Janis et Stephi. La grande différence, c’est que maintenant on sait pourquoi on attend.
C’est rigolo qu’on se retrouve tous les deux avec Stephi. Ce serait trop long de raconter ça en détail maintenant. Je compte faire un bilan de la “road-trip team n°1″ dans un article à part. Mais disons qu’on a un point de vue assez différent sur certaines de règles de base de la vie en communauté. J’ai eu une manière peut-être un peu directe de le lui faire comprendre. Donc c’est maintenant l’occasion de s’expliquer un peu.
Après une heure et demi d’attente, voilà notre homme. Il met Janis à l’arrière, et c’est parti pour se retaper la route en sens inverse. Elle a l’air contente, Janis, de se déplacer sans se crevé comme ça. J’espère qu’elle ne va pas trop y prendre goût. Il reste de la route à faire ma cocotte !!
Sur la route, j’appelle Aurélie pour savoir où ils en sont. Ils ont trouvé un backpackers à Karratha. Il y a trois places de libre. Les deux autres pourront dormir dans la salle télé pour la nuit. Très bien, au moins, on sait où on va dormir ce soir !
Le remorqueur nous emmène jusqu’au North West Mechanics. Il cause un peu avec le boss pour lui expliquer un peu la situation. Celui-ci revient me voir pour m’expliquer qu’ils ont un travail monstrueux ici. Il va regarder demain matin ce qu’il en est. Si c’est la pompe à eau, alors il la changera en 30mn et on pourra repartir tranquillement. Sinon, il faudra sérieusement penser à revendre le bouzin et repartir à pied…
Il me dit finalement que si le moteur démarre, ça devrait le faire, mais sinon, il n’est pas très optimiste. Ça peut monter à 3500$ de réparation, que, de toute façon, ils ne le feront pas avant des semaines parce que surbookés.
Justement, avant de se faire remorquer, j’ai tenté de démarrer, et ça n’a rien donné…
L’autre truc rigolo, c’est qu’on est plein à craquer de sacs de voyage et de bouffe. Ils n’ont pas de place dans le garage pour abriter la voiture, donc il va falloir la laisser dehors. Et il y a une chance sur deux pour que des aborigènes viennent dans la nuit pour péter les vitres et voler ce qu’il y a dedans.
Ok, sinon, vous auriez pas uine bonne nouvelle en stock ?
Si : le backpackers est à 15mn de marche. A deux, avec les sacs de cinq personnes, ce n’est pas envisageable… Même à cinq, ça va être dur. Le remorqueur prend pitié et nous propose d’embarquer toutes nos affaires à l’arrière de son pick-up et de nous déposer. Merci m’ssieurs !
On débarque donc au BP avec une tonne de sacs. Le gérant hallucine.
“Vous voyagez léger à ce que je vois !”
Bon, il n’a pas tort. Quand on a sa propre voiture, on a tendance à emporter beaucoup plus de choses que quand on est juste avec son sac à dos. Mais pour ce soir, on a un toit, Janis est entre les mains de pros. Demain est un autre jour.
Dans la précipitation, je me rends compte que je n’ai pas laissé les clefs ni mon numéro au garage. J’y retourne à pied avec Felix. Je me rends compte également que je n’ai pas demandé au remorqueur combien je lui devais. On verra ça plus tard.
Sur la route, Felix me raconte comment ça s’est passé avec Howard. Là il me dit qu’il les a simplement déposés à Karratha. Ils n’ont pas trop parlé sur la route. Mais à la fin, Felix lui a demandé comment on pouvait le remercier.
Howard a dit qu’il serait bien content que quelqu’un fasse pareil pour lui dans une telle situation. Et là, incroyable : il demande à Felix s’il connait le couchsurfing ! Felix est surpris et lui dit que lui non, mais que moi, je suis un couchsurfer ! Howard dit alors qu’il suffit qu’on rende la pareille à quelqu’un d’autre, ce sera suffisant.
Il y a des gens bien, quand même. Si ça c’est pas une coïncidence de dingue, que le seul gars qui veulent bien se donner la peine de nous aider soit un couchsurfer !
J’avais recherché dans le nord de la Western Australia quand j’étais en France, et je n’avais trouvé que deux couchsurfers, à Broome. Finalement, lui était bien caché. Il vit directement dans le Millstream NP !
Bon, la soirée est longue pour moi. Je suis plutôt crevé après cette nuit dans la voiture et cette longue journée en plein soleil. Donc je vais me coucher tôt, demain est un autre jour !