Lost in Karratha : Visite guidée du “centre-ville”

8 août 2008

29 juillet : visite de la “ville”

Avis à tous ceux qui viendront un jour dans le nord du WA : Karratha n’a rien d’une citée balnéaire.
Tu ne viens pas ici par hasard. Ou si ça t’arrive par manque de bol, tu as vite fait de reprendre le prochain bus pour Broome ou Exmouth.
En “ville”, il y a les incontournables : un centre commercial avec des magasins de fringues, de téléphonie, bookshop, deux supermarchés (Coles et Woolworth, comme partout en WA), quelques fastfoods type McDo et Subway.
Forcément, il y a aussi un bottle shop et un visitor center. Et quelques agences de location de voitures. Sans oublier la zone industrielle qui se trouve à quelques km du backpackers.
Voilà, la visite de Karratha est terminée. Vous pouvez rentrer chez vous.

Mais alors, je suis sûr que vous vous demandez pourquoi le backpackers qui peut acueillir une cinquantaine de personne est plein à longeur d’année ?
Parce que Karratha est le meilleur endroit pour celui qui cherche du boulot. C’est un jeu d’enfant de trouver du taf. Et d’après ceux qui sont ici, c’est un des coins les mieux payés que partout ailleurs en Australie. Laver des voitures pour Avis, c’est 25$ de l’heure (avant les taxes). Le double après 45h par semaine. Tu peux aussi bosser à Woolworth ou Coles, ils recherchent toujours du personnel.
C’est en zone rurale, donc ça compte pour obtenir un autre visa Vacances-Travail.

Pour ceux qui ne le savent pas, le visa vacances-travail dure un an. Mais il est renouvelable à condition de travailler 3 mois et demi en zone rurale, c’est-à-dire loin de Perth, Darwin, Sydney, Melbourne, Adélaïde, Brisbane ou Alice Springs. Donc beaucoup de backpackers font une halte à Karratha. Tu y gagnes beaucoup d’argent, et il n’y a rien à faire à part rester à boire des bières le soir au backpackers. Donc tu ne dépenses rien.

Et autre point marrant : c’est l’endroit rêvé ou revendre une voiture, parce que qui dit trou paumé dit prix plus élevés. Selon Garth, mon van devrait pouvoir se revendre facilement dans les 10 000$.
En discutant avec quelques personnes, je n’étais pas parano : ça apparaît clair à tout le monde que les gars du “North West Mechanics” veulent m’acheter le van une poignée de dollars, la réparer pour rien et la revendre à un bon prix.

Lost in Karratha : Verdict

8 août 2008

Donc nous y voilà. On avait rayé Karratha de notre planning. Karratha nous a rattrapé…
Je me réveil vers 9h00. Ça faisait longtemps que je n’avais pas dormi comme ça ! Le gars du garage m’a dit qu’il m’appellerais dès il en saurait plus. Je lui laisse jusqu’à 11h00 pour m’appeler, après j’irais le booster un peu.

Deux possibilités : soit la voiture est réparable rapidement, soit elle n’est pas.
Si la voiture est foutue, ça va changer radicalement le reste de mon voyage, parce que je perdrais alors dans les 8000$. Mais ce n’est pas la fin du monde. Certains viennent en Australie sans argent et ils s’en sortent très bien.
Si c’est juste la pompe à eau, alors on reprendra la route pour Broome illico, sans escale.

Comme je l’ai dit dans un précédent article, je suis du genre plutôt patient. Mais s’il y a une chose que je supporte difficilement, c’est de rester là à attendre de savoir de quoi il retourne. Je dois faire confiance à un garagiste que je ne connais pas. Et Taigor, mon pote italien mécano, me l’a répété moultes fois : ne fais jamais confiance à un mécanicien. Surtout s’il est italien !

11h00


Comme d’hab’, Felix est le seul à me proposer de m’accompagner. Il faut à peine 15mn pour arriver au garage. Première interrogation, est-ce que les vitres sont toujours en place ?

J’ai l’impression que la plupart des australiens “blancs” n’aiment pas les aborigènes. Ils m’ont bassiné avec ça hier. En gros, ils m’ont répété plusieurs fois que si je laissais mon véhicule garé hors du garage, il y avait 50% de chance pour que les “méchants” aborigènes viennent casser les vitres pour voler ce qu’il y a dedans. Je leur ai alors demandé ce qu’ils me proposaient comme alternative. Il n’y en avait pas. Il y en a vraiment qui ferait mieux de se la fermer plutôt que de gâcher leur salive. E
n gros ils voulaient juste s’assurer que j’avais bien conscience que si je retrouvais ma voiture cramée demain, ils ne seraient en aucun cas responsable.
Ce n’est pas la première fois que j’entends ce refrain, au sujet des aborigènes. Ils ont tous les défauts du monde, apparemment. Ils volent, ils cassent, ils picolent… C’est peut-être pas totalement faux, mais les “blancs” n’ont pas l’air de vouloir faire beaucoup d’efforts pour changer ça. Si on traite en permanence les gens comme des moins que rien, forcément, leurs réactions sont de moins en moins amicales… Qui plus est, ils n’étaient peut-être faits pour vivre “à l’occidentale”. Et on ne leur à pas forcément laissé le choix.
J’ai mon avis sur la question, mais je ne pourrais pas changer le monde avec de belles phrases et ils ont certainement un lourd passé commun. Quand tu as la tête dans le guidon, il est parfois difficile de prendre du recul. Je n’en sais pas suffisamment, alors je leur laisse laver leur linge sale “en famille”.

On discutait de ça avec Felix quand on est arrivé à la voiture. Bien entendu, le van était intacte. Les “méchants” aborigènes m’avaient épargnés pour cette fois. Le siège avant est levé : ils ont jeté un œil, c’est déjà ça. Au moins, on va être fixé.

A notre arrivée, le gars est au téléphone. On attend quelques minutes de plus. Je suis plutôt tendu. Ça ne m’arrive rarement, alors ça mérite d’être dit. J’en ai les mains qui tremblent, tellement ça me gave de ne pas savoir.

Enfin, un gars vient nous voir. Ce n’est pas le même qu’hier, mais il a l’air d’être au courant de l’affaire, alors en piste.

“– Vous venez pour le Delica ?”
“Non, on vient acheter des pamplemousses. Mais puisqu’apparemment on est dans un garage et pas au marché, pourquoi ne pas causer voiture…”
– Yep, dis-moi tout mon gars. Soit pas timide. (ça par contre, je lui ai vraiment dit).
– Ok mate. J’ai bien peur que tu ne vas pas aimer ça. Tu vas devoir revendre ton van, il est cuit.

Oula, il va vite en besogne, le p’tit père. Finalement ça va me coûter plus cher que des pamplemousses. Et si tu me disais de quoi il retourne, avant de me donner des conseils à deux balles ?

– Ok mate. Soyons fou, dans l’hypothèse où je décidais de réparer, ça me coûterait dans combien, à la louche ?
– Ta caisse est sérieusement endommagée, mate. Ça va te coûter plus cher que le prix que tu as payé pour l’avoir. A part la vendre, je vois pas.

Felix avait suivi l’échange avec attention. Il avait dû me voir me décomposer en direct à l’annonce de la sentence et senti que le gars commençait à sérieusement me courir. Pas seulement parce que ça allait me coûter cher. Non, ça j’y étais préparé. Il est donc venu à ma rescousse en expliquant une nouvelle fois au gars qu’on voulait juste avoir une idée du prix des réparations, quel qu’il soit. Pour la revente, on verra ça plus tard. Alors le gars annonce la couleur :

– Disons, dans les 6 000$.

Je vous propose un petit arrêt sur image. Résumons :
Hier, je dépose mon véhicule.
Ils savent parfaitement que je n’y connais rien en mécanique pour en avoir discuté avec le gars qui nous a remorqué. Le mécano d’hier m’a dit clairement que si c’est uniquement la pompe à eau, ils feront ça tout de suite. Mais si le moteur ne démarre pas, ils pensent qu’il y a de grandes chances pour qu’il soit plus gravement endommagé. Ça peut me coûter jusqu’à 3 500$. Et il ajoute de toute façon, ils sont trop occupés pour prendre en charge ce type de réparations.
Finalement, on revient aujourd’hui (sans qu’ils aient appelés comme ils l’avaient promi).
Et un autre gars me dit directement : “Vends-moi ta caisse, sinon ça va te coûter 6000$”.

Non, je ne me suis pas trompé, vous lisez bien 6 000$. J’imagine que vous aussi, vous voyez le coup venir gros comme un requin-baleine ? Ou alors c’est parce que j’ai assisté à la scène que ça me paraît énorme ?
En fait, il s’est passé exactement ce que je craignais. Si encore il avait pris des pincettes, fait semblant d’avoir scruté un peu le moteur. S’il avait commencé par me pipoter un peu en anglais, avec des mots techniques et compliqués, j’aurais alors éventuellement pu croire qu’il était honnête. Et encore. Mais non, en gros, le gars était clairement en train de me dire :

“Toi comme moi, nous savons que tu es coincé dans le trou du cul du monde et que tu n’as aucune autre option. Donc je vais sévèrement t’entuber, mon gars. Et tu vas gentiment te laisser faire.”

Quand je dis entuber, c’est uniquement parce que mon neveu de 6 ans commence à savoir lire (bravo fillot !) et que je ne voudrais pas qu’il apprenne dès maintenant des mots plus “cru”. Bon ok, il y a peu de chance qu’il lise ça. Mais au cas où, il aura bien le temps d’en apprendre plein avec ses potes de CP.

De retour au backpackers, je fais le point.

D’abord, il faut vérifier si on a de la place pour le soir. Garth, le gérant, nous dit qu’il veut bien nous dépanner encore une nuit, mais que pour les nuits suivantes ça va être tendu.
Etape suivante, ramener Janis au backpacker. S’ils ne veulent pas la réparer, je trouverais bien un autre moyen. Elle n’a plus rien à faire là-bas de toute façon. Mais je veux faire ça bien : je n’ai rien payé pour le tow-truck et je ne veux pas partir comme un voleur. Alors je leur laisse mon numéro de téléphone à nouveau et leur dit que je suis au backpackers (l’unique) de Karratha. S’ils veulent me joindre pour quoi que ce soit, je suis là-bas.
Janis démarre après quelques essais. On est parti. Elle a déjà eu le temps de chauffer le temps d’arriver à destination (c’est à peine à 2km).

Bon. Ça m’a mis une claque sur le coup, mais au moins maintenant je sais : je n’ai plus de voiture en état de marche.
Quelles sont mes options ? Je ne connais personne ici, donc je n’ai personne à qui je peux faire confiance les yeux fermés. Minute, j’ai peut-être une idée. Finalement je connais quelqu’un en qui je peux avoir confiance : Howard, le couchsurfer.

J’achète une heure d’internet à Garth (6$) et je laisse un message sur le site en lui expliquant rapidement la suite de l’histoire. J’ai un peu forcé sur le côté critique de la situation, mais je voulais qu’il comprenne bien que j’étais plutôt limité niveau solutions… On verra ce que ça donne.

Je vais faire un tour en “ville”, histoire de voir dans quel coin paradisiaque on est tombé.

Journal de bord : It’s gonna be a long day

8 août 2008

On est donc officiellement en panne. Le moteur commence à fumer dès qu’on tente de faire 1 km. On a bien dû ajouter en tout 5 litres d’eau dans le radiateur. Mais tout se barre dessous.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis d’un naturel plutôt zen dans ces cas là. On est à peu près certain de croiser des gens sur la route. On a de quoi boire et manger pour deux jours… Ça pourrait être largement pire que ça. Je pense que le fait de garder mon calme pour tenter de trouver la meilleure solution aide tout le monde à ne pas trop se prendre la tête. On est en panne, maintenant on le sait. Si en plus tout le monde commence à péter une durite, ça ne va pas arranger les choses. S’arracher les cheveux, brailler un bon coup ou péter le parebrise à coup de barre à mine, ça peut en relaxer certains. De mon côté, je préfère juste attendre la prochaine voiture pour lui expliquer la situation et lui demander poliment de quelle façon elle pourrait nous venir en aide.

L’attente commence. Il est 7h.

A 8h, on entend au loin une voiture qui se dirige vers le NP. Cest un couple qui ne peut rien pour nous car ils s’y connaissent autant que moi en mécanique. Mais il nous dit qu’il va voir s’il voit quelqu’un au NP qui pourrait faire quelque chose. C’est un début.

A 8h30, deux nanas qui semblent être des officielles du NP arrivent. Elles semblent super concernées par notre affaire. Et nous assurent qu’elles vont prévenir les Rangers du parc et qu’ils devraient pouvoir faire quelque chose dans les heures qui viennent. Elles me quittent en disant : “It’s gonna be a long day”.

Il faut savoir que pour rejoindre le parc, c’est 1 heure de route. Ensuite, il faut prévenir quelqu’un en ville, et de là, il faut compter 2h pour arriver jusqu’à nous. Et plus de deux heures pour nous remorquer. En gros, si tout se goupille au mieux, on peut espérer rejoindre la ville la plus proche aux allentours de 17h…

Comme je veux éviter de me casser le pied, et qu’il fait trop chaud pour perdre de l’eau inutilement, je vais faire l’impasse sur le pétage de câble.
Stephi ne comprend pas comment je peux rester aussi calme. La dernière fois qu’elle était en panne, elle s’est faite une petite crise de larme en apéro pour terminer par une série de coups de pieds dans les pneus, histoire de voir si ça pouvait résoudre son problème de moteur… Bref, elle pète un câble. Vu que je ne vois pas bien l’intérêt de me casser un pied en plus, je préfère juste arrêter toutes les voitures qui passent.

Justement, une autre voiture arrive avant 9h. Une nana seule, qui appartient à l’équivalent du ministère de l’environnement du WA. Je lui explisque le topo et lui dit que deux autres voitures se sont arrêtées, et vont prévenir les rangers au NP. Elle me dit d’abord que c’est n’importe quoi, ce n’est pas le boulot des rangers de nous aider. Il faut aller directement en ville. Voilà la bonne solution. Les téléphone ne captent pas, ici. Mais elle a une radio haute fréquence.
Après une bonne minute à tripotter sa radio, elle m’avoue toute penaude qu’elle ne sait pas s’en servir. Parfait. Et ensuite, finalement, elle décide de faire exactement la même chose que les deux premières voitures : aller au NP pour prévenir quelqu’un. Et elle termine par la phrase culte du jour : “Courage, ça va être une longue, longue journée”.

Merci, je commence à m’en rendre compte.

L’un de ceux que j’ai arrêté était un mécanicien à la retraite qui nous assure que ça ne vient pas du radiateur mais de la pompe à eau. Il me dit que c’est moins cher si ce n’est que la pompe à eau, mais qu’il espère que je n’ai pas cramé le moteur en tentant de rouler trop longtemps circuit de refroidissement… Ok, on verra ça plus tard, pour l’instant, on est coincé là mon bonhomme. Si tu pouvais aller prévenir quelqu’un !

Finalement, pas moins de 6 personnes nous promettent (croix de bois croix de fer si je mens, j’aurais pas de dessert) qu’ils vont nous trouver de l’aide. Trois dans le sens du parc. Et trois autres dans le sens de Karratha qui nous ont dit qu’ils allaient prévenir le “visitor center”.

C’est parti pour une longue, longue attente. On arrête même plus les voitures : six personnes averties, c’est suffisant.

Sauf qu’à 14h, personne. Pas de news, rien. Ça fait 6h qu’on a prévenu la première voiture… Et on est plus à Perth. La température atteint les 35°C… Mais on a de l’eau et de la bouffe, et Janis nous donne un peu d’ombre. Donc on est paré.

Enfin, une autre voiture arrive. Cette fois, je l’arrête. Je lui refais le speech. Je lui explique la situation. Stephi qui a un meilleur anglais que moi vient à ma rescousse pour expliquer encore mieux. En insistant bien sur le fait qu’on attend depuis des plombes, en plein soleil.

Le gars s’appelle Howard King. Il travaille pour la Water Corporation. Il ne comprend pas qu’on ait pu rester aussi longtemps ici. Il a une radio pour appeler son taf, mais personne ne prépond. Heureusement, il a un téléphone sattelite. Il tente d’appeler tous les garages qui seraient susceptible d’avoir un tow-truck (de quoi nous remorquer, quoi). Aucun d’eux n’a été prévenu qu’on était là. Il appelle le visitor center de Karratha : ils ne sont pas au courant non plus.

Là, on hallucine. Sur les 6, il n’y en a pas un qui a prévenu la cavalerie !! Howard est plutôt contrarié aussi. Du coup, lui qui se dirigeait vers le NP nous propose d’emmener 3 personnes avec lui à Karratha, parce que la personne qui vient remorquer le van ne peut emmener que deux personnes avec lui. Je reste donc avec Janis et Stephi. La grande différence, c’est que maintenant on sait pourquoi on attend.

C’est rigolo qu’on se retrouve tous les deux avec Stephi. Ce serait trop long de raconter ça en détail maintenant. Je compte faire un bilan de la “road-trip team n°1″ dans un article à part. Mais disons qu’on a un point de vue assez différent sur certaines de règles de base de la vie en communauté. J’ai eu une manière peut-être un peu directe de le lui faire comprendre. Donc c’est maintenant l’occasion de s’expliquer un peu.

Après une heure et demi d’attente, voilà notre homme. Il met Janis à l’arrière, et c’est parti pour se retaper la route en sens inverse. Elle a l’air contente, Janis, de se déplacer sans se crevé comme ça. J’espère qu’elle ne va pas trop y prendre goût. Il reste de la route à faire ma cocotte !!

Sur la route, j’appelle Aurélie pour savoir où ils en sont. Ils ont trouvé un backpackers à Karratha. Il y a trois places de libre. Les deux autres pourront dormir dans la salle télé pour la nuit. Très bien, au moins, on sait où on va dormir ce soir !

Le remorqueur nous emmène jusqu’au North West Mechanics. Il cause un peu avec le boss pour lui expliquer un peu la situation. Celui-ci revient me voir pour m’expliquer qu’ils ont un travail monstrueux ici. Il va regarder demain matin ce qu’il en est. Si c’est la pompe à eau, alors il la changera en 30mn et on pourra repartir tranquillement. Sinon, il faudra sérieusement penser à revendre le bouzin et repartir à pied…
Il me dit finalement que si le moteur démarre, ça devrait le faire, mais sinon, il n’est pas très optimiste. Ça peut monter à 3500$ de réparation, que, de toute façon, ils ne le feront pas avant des semaines parce que surbookés.
Justement, avant de se faire remorquer, j’ai tenté de démarrer, et ça n’a rien donné…

L’autre truc rigolo, c’est qu’on est plein à craquer de sacs de voyage et de bouffe. Ils n’ont pas de place dans le garage pour abriter la voiture, donc il va falloir la laisser dehors. Et il y a une chance sur deux pour que des aborigènes viennent dans la nuit pour péter les vitres et voler ce qu’il y a dedans.

Ok, sinon, vous auriez pas uine bonne nouvelle en stock ?

Si : le backpackers est à 15mn de marche. A deux, avec les sacs de cinq personnes, ce n’est pas envisageable… Même à cinq, ça va être dur. Le remorqueur prend pitié et nous propose d’embarquer toutes nos affaires à l’arrière de son pick-up et de nous déposer. Merci m’ssieurs !

On débarque donc au BP avec une tonne de sacs. Le gérant hallucine.
“Vous voyagez léger à ce que je vois !”

Bon, il n’a pas tort. Quand on a sa propre voiture, on a tendance à emporter beaucoup plus de choses que quand on est juste avec son sac à dos. Mais pour ce soir, on a un toit, Janis est entre les mains de pros. Demain est un autre jour.

Dans la précipitation, je me rends compte que je n’ai pas laissé les clefs ni mon numéro au garage. J’y retourne à pied avec Felix. Je me rends compte également que je n’ai pas demandé au remorqueur combien je lui devais. On verra ça plus tard.

Sur la route, Felix me raconte comment ça s’est passé avec Howard. Là il me dit qu’il les a simplement déposés à Karratha. Ils n’ont pas trop parlé sur la route. Mais à la fin, Felix lui a demandé comment on pouvait le remercier.

Howard a dit qu’il serait bien content que quelqu’un fasse pareil pour lui dans une telle situation. Et là, incroyable : il demande à Felix s’il connait le couchsurfing ! Felix est surpris et lui dit que lui non, mais que moi, je suis un couchsurfer ! Howard dit alors qu’il suffit qu’on rende la pareille à quelqu’un d’autre, ce sera suffisant.

Il y a des gens bien, quand même. Si ça c’est pas une coïncidence de dingue, que le seul gars qui veulent bien se donner la peine de nous aider soit un couchsurfer !
J’avais recherché dans le nord de la Western Australia quand j’étais en France, et je n’avais trouvé que deux couchsurfers, à Broome. Finalement, lui était bien caché. Il vit directement dans le Millstream NP !

Bon, la soirée est longue pour moi. Je suis plutôt crevé après cette nuit dans la voiture et cette longue journée en plein soleil. Donc je vais me coucher tôt, demain est un autre jour !

Journal de bord : Millstream NP…

7 août 2008

La dernière soirée, on l’a passée à se dire qu’on avait un bol incroyable. Que tout ce qu’on avait vu était exceptionnel. Que le road trip, quand même, il se passe comme sur des roulettes.
On trinque une douzième fois avant d’aller se coucher dans un vrai lit, puisque cette dernière nuit, on la passe dans le backpackers.
Le lendemain matin, on reprend la route pour de nouvelles aventures.

 

28 juillet : jour important !!


Le 28 juillet, c’est l’anniversaire de ma petite maman. Ça faisait quelques jours que je me creusais pour savoir quelles surprises je pourrais lui réserver. Et j’ai trouvé trois idées.
D’abord, je suis allé sur un site de livraison de fleur (français, bien sûr…), pour choisir un joli bouquet de roses accompagné de chocolats. La livraison devrait avoir lieue entre 10h et 12h.
Ensuite, j’ai découvert il y a peu que les communications vers la France ne sont pas cher. J’ai donc acheté une carte à 10$ qui permet de téléphoner 2000 minutes (non, il n’y a pas de zéro en trop). Mais j’ai essayé plusieurs fois de l’utiliser, j’ai l’impression qu’en dehors des grandes villes, ça ne fonctionne pas. Alors Aurélie a été super sympa : elle m’a proposé d’utiliser son mobile pour appeler. Elle l’utilise souvent pour appeler en France. J’ai donc appelé juste avant la livraison des fleurs. Première fois en plus d’un mois. Oh, le fils indigne.
Merci Aurélie !
Et enfin, j’ai envoyé quelques photos à ma soeur pour qu’elle les imprime.
Bon, j’espère que tout ça lui aura fait plaisir.

 

Changement de programme


Stephi était particulièrement insistante depuis une semaine sur le fait qu’elle tenait à être au plus tôt à Broome. Donc on a tout fait pour tenir le planning. Pour l’instant, par rapport au “trip proposal” que j’avais établit avant Karijini, on est pil-poil !
D’où l’étonnement de tous quand finalement, c’est elle qui nous propose de modifier le parcours pour aller voir quelque chose sur la route. Moi ça me convient parfaitement, je ne suis pas à un jour près. Même pas à une semaine près, en fait, du moment qu’on voit des choses sur la route !

On était tous d’accord pour faire sauter l’étape de Karratha. En lisant le Lonely et les autres guides, il s’avère qu’il n’y a rien à faire là-bas. Ce n’est même pas joli. On troque donc cette escale contre le Millstream N.P. C’est sur la route, et ça semble intéressant. On fait quand même un petit tour au “visitor center” de Karratha, pour avoir quelques infos sur le parc. Il y a trois différentes routes pour y aller, dont deux où un permis (gratuit) est nécessaire car ça traverse un territoire aborigène. Je fais bien d’aller demander, parce que deux des trois routes sont impraticables en ce moment. On prendra donc la seule qui ne nécessite pas de permis. C’est la route principale, et j’aurais bien apprécier me refaire une petite route alambiquée, mais ce n’est pas grave : on va sûrement gagner du temps en passant par là. Ce n’est pas du luxe, parce qu’il est déjà 15h40 après mon appel en France. Il faut qu’on se dépêche si on veut arriver avant la nuit, parce que l’entrée du parc est à plus de deux heures de route !

Une info importante pour les gens paumés qui s’arrêteraient là : la connexion au net, c’est 5$ les 30mn… Il faut espérer que pour ce prix là, ça boost !!

On fait 70km vers l’est sur l’autoroute, puis direction le sud sur une route pas terrible. Mais c’est quand largement plus joli sur ces routes là. Je ne m’en lasse pas. Je suis en train de me faire une belle collection de photos des routes austaliennes !

On passe devant ce qu’ils nomment la pyramide : une belle colline qui se termine par un bout carré. Je roule plutôt doucement, parce que la route n’est pas évidente. On croise quelques voiture qui quittent le NP : au moins on aura des places pour camper !!
Mais le soleil descend à vitesse grand V. Et quand il fait nuit, c’est la chasse au roo qui commence… Janis n’aime pas trop.

A un moment, il y a un gros troupeau de cattles (vaches sauvages) sur le côté. Donc petit arrêt pour photo. Et là, le moteur câle. N’y connaissant rien en mécanique, ça ne fait ni chaud ni froid, même si je crois savoir qu’un moteur automatique ne peut en théorie pas caler…

Une fois la séance photo terminée, je tente de redémarrer : nada. Pas moyen. Stephi s’y connait un poil pour avoir eu plein de merdes avec sa caisse. Elle pense que c’est le radiateur qui n’a plus d’eau. Donc on ouvre la bête. Ouach, c’est hot là-dedans. Après avoir attendu un moment que ça refroidisse, effectivement, il n’y a plus une goutte d’eau dans le radiateur. Le problème est que quand on tente de le remplir, ça va direct sur le sol en dessous de la caisse… J’ai beau ne rien y connaître, c’est pas bon signe.
Bon, ça pu la panne à plein nez. Mais Janis accepte de reprendre la route quelques minutes plus tard. Le camping le plus proche est à une vingtaine de kilomètres selon le GPS. On tente le coup.

Mais après 2km de plus, l’aiguille de température dépasse allègrement la partie rouge. On ne parviendra jamais à atteindre le camping. Il va falloir dormir sur le bord de la route et tenter de revenir au garage le plus proche demain matin, à la fraîche, quand le soleil ne sera pas encore trop haut.

A ce moment là, je suis persuadé de deux choses :
- on va devoir dormir à cinq dans la voiture parce qu’il n’y a nulle part où planter la tente.
- certains ne vont pas vouloir dormir à cinq dans la voiture. On tient à son petit confort, même dans l’adversité.

Je commence à avoir l’habitude après deux semaines à cottoyer Stephi. Elle est, je dois l’avouer, particulièrement balèze dans l’art de m’emmerder.
Donc je dis juste que pour moi, le plus simple c’est de rester tous dans la voiture à attendre le petit matin, et alors je tenterais de trouver le garage le plus proche. Si certains veulent monter la
tente, pas de problème. Je savais que ça ne dérangerait pas Aurélie de dormir dans la voiture. Et je savais également que jamais Stephi ne monterait la tente. Elle ne l’a pas fait depuis le début, donc elle ne va pas commencer maintenant.

Comme chacun sait, la musique adoucie les moeurs. Moi, ça a le dont de me relaxer. Même si je ne suis pas bon, ça me détend. J’ai commencé par tenter de jouer de la flûte de pan avec 5 bouteilles de bières remplies à différents niveaux… Mais j’ai vite abandonné pour passer à l’harmonica. Sachant que je ne sais pas vraiment en jouer, mes improvisations étaient plutôt comiques. Felix nous faisait profiter de petits airs de blues au Ukulélé. De mon côté, j’ai adoré improviser des airs tristes en regardant les étoiles. Je peux vous dire qu’à une centaine de km de toute source lumineuse, on voit super bien la voie lactée !! On a vu un paquet d’étoiles filantes. Vous pouvez facilement imaginer quel voeu je faisais à chaque fois.
(Voir débarquer Maïté dans la minute pour qu’elle nous migeotte une petite poularde à l’estragon).

Comme prévu, on dort à cinq dans Janis. Je me suis dévoué pour le siège conducteur. Il en faut bien un qui se le tape. Et comme je suis toujours le premier réveillé, j’espère pouvoir rouler dès que possible, en laissant les autres dormir.
Je vous le dis tout net : dormir sur le siège conducteur (inclinable à 90° maxi) quand on fait plus d’1,80m, avec le volant et le tableau de bord… ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Je me réveillais toutes les demi-heures pour changer de position.

Vers 6h, la lumière du jour a mis fin à ma nuit sans réel sommeil. Je fais une petite balade pour me réveiller. Entre temps Felix, qui s’est tapé l’autre siège avant (à angle droit également), s’est également réveillé. On donne un peu à boire à Janis avant de retenter notre chance.

Hop : je fais demi-tour et on reprend la route en sens inverse. Malheureusement, malgré la fraîcheur du matin (12°C), l’aiguille s’emballe en moins d’une minute. J’ai peur de cramer définitivement la bête, alors je m’arrête sur le côté. Maintenant, je vais attendre qu’une bonne âme s’arrête pour nous porter secours. J’espère que Maïté s’y connais en mécanique…

Journal de bord : Lakeside

7 août 2008

 

27 juillet

C’est notre dernier jour à Exmouth. Hier soir, Aurélie et Stephi ont fait la connaissance de Tatiana, une allemande qui voyage en bus. On va l’embarquer dans le van pour qu’elle puisse venir à la plage avec nous aujourd’hui. Ce serait dommage : on à de la place, autant en profiter. Une journée plutôt relax s’annonce, après la journée plutôt sportive d’hier. Une dernière session plage et snorkeling pour tout le monde !

Il nous restait deux choses à faire dans la NP : la plage de Lakeside et Mangrove Bay.
La première est une plage parfaite pour plonger. La deuxième est une sorte de marais où on a juste à marcher dans l’eau et si on a de la chance, des tortues, des raies, des crabes et des bébés requins viennent s’approcher !

Pas possible de se baigner à Mangrove bay, donc j’ai débarqué les autres à Lakeside et me suis fait une petite expédition en solo. Ça ressemble à une sorte de marais. Il faut des chaussures allant dans l’eau pour marcher avec de l’eau jusqu’au genoux.
J’avoue que j’étais pas très rassuré de marcher dans l’eau comme ça, sachant qu’il y avait un paquet de truc vivant pas loin. Les premières bestioles que j’ai croisées, ce sont les raies. Des petites rondes et colorées, et de plus grandes en forme de losange. Il faut regarder très attentivement au fond de l’eau pour les voir, parce qu’elle ne bougent pas d’un poil. Mais quand tu t’approches trop, elles flippent : elles commencent à avancer tout doucement, et bam ! Elles mettent le turbo pour partir loin de l’envahisseur !! C’est impressionnant la vitesse à laquelle ça va !! C’est un peu comme dans les films de sciences fiction. Vous savez, quand un vaisseau met les gaz pour passer en vitesse lumière. Il va d’abord doucement, et la seconde d’après, on ne le voit plus. Les raies, c’est pareil.
J’ai tenté de faire une vidéo, mais on ne voit pas bien avec les reflets.
Ensuite j’ai vu pas mal de crabes. Ils ne ressemblent pas à ceux des étales du poissonnier. Ils ont plus de couleur, quand ils ne sont pas cuits… La plupart étaient effrayés et allaient se planquer. Mais il y en avait un plus brave qui voulait fighter. A mon approche, il s’est mis en position, un peu comme un escrimeur. Dès que j’approchais le pied, il tentait de me le pincer ! Marrant. Il va falloir que je fasse gaffe où je marche si je veux garder mes orteils intactes !
J’ai laissé mon pote escrimeur se remettre de ses émotions et j’ai commencé à avancer vers le coin où il faudrait aller pour voir pleins de choses excellentes. Mais après avoir marché une bonne demi-heure avec de l’eau jusqu’au genoux, je me dis que je pourrais pas aller jusque là. Il faut pener à revenir. Et j’ai encore l’étape snorkeling dans mon agenda surchargé. Pas évident de gérer l’emploi du temps des vacances… ;) Tant pis, je décide de rester là sans bouger, pour voir ce qu’il se passe.
Ça fait une impression étrange d’être les jambes dans l’eau, à attendre quelque chose. Je scrutais à 360° les flots pour voir si quelque chose arrivait. Et après quelques minutes, la voilà : une grosse tortue de mer se dirigeait vers moi !! Dès qu’elle m’a vu, elle a changé de direction. Ça va beaucoup plus vite dans l’eau que sur terre !!
Et enfin un gros poisson d’un bon mètre de long. Autant dans l’eau c’est difficile d’apprécier la taille de ce que tu vois, parce que le masque grossit tout. Mais là, je suis sûr de moi, parce que je voyais l’aileron et la queue hors de l’eau. J’ai flippé au début, parce que j’ai cru que c’était un petit requin. Mais l’aileron avait des reflets colorés. Comme les raies, il était sur mon chemin et avançait tout doucement. Mais tout à coup il s’est écarté et hop, il a mis le turbo ! C’est vraiment impressionnant de voir avec quelle faciliter les animaux se baladent dans l’eau.

J’aurais bien voulu voir plus de tortues et des bébés requins. Mais j’ai bien dû marcher une bonne heure dans l’eau. Et ce n’est pas aussi rapide que de marcher normalement ! Donc retour à Lakeside pour aller barboter avec les autres.

Lakeside vaut vraiment le coup !! La fille qui nous a vendu l’excursion des whalesharks nous avait donné des infos précises : il faut partir sur la gauche jusqu’à un panneau. Et là, revenir 20 mètres en arrière. C’est le meilleur coin pour plonger.
C’est un peu comme à Oyster : le corail est tout proche du bord. Et c’est magique. Il y a toutes sortes de poissons : des bancs de gros, des petits colorés, gros avec des coleurs d’arc-en-ciels, des cachés… Tu peux passer beaucoup de temps à te balader. Bon, j’ai racheté un appareil, parce que j’étais trop vert de ne pas avoir le premier avec les whalesharks. Et cette fois je ne l’ai pas perdu. Je ne sait pas ce que ça va donner, mais je pense avoir pris un florilège de ce qu’on peut voir sous l’eau.

 

La rencontre


Vendredi, Felix m’a dit qu’il avait vu un petit requin. Mais il n’était pas réellement sûr de lui. Ça pouvait également être un gros poisson. L’eau est limpide sur une vingtaine de mètres, mais rapidement, ça devient flou. Parce que dans notre imaginaire, un requin, c’est quelque chose qui vient te bouffer à tous les coups.
Et bien maintenant, je suis persuadé qu’il avait raison : je l’ai vu également ! Et je peux vous dire que ça fait bizarre ! Il était loin, donc je n’ai vu que sa silhouette, mais parfaitement distinctement. Pas de doute possible. Et d’un coup, ça fait flipper. Je l’ai vu quoi, quelques longues secondes. Quand tu vois ça, je peux te dire que tu le fixes sans bouger d’un poil. Et ensuite, plus une trace. Pas moyen de retrouver sa trace. Ce n’est pas évident de donner une taille. Mais il n’était pas tout à côté, et déjà il me paraissait bien dodu !
Ça faisait un moment que j’étais dans l’eau… Je me suis dit que c’était bon pour aujourd’hui, il était temps de rentrer !!! :)

De retour au campement, j’ai demandé à la personne de l’accueil qui s’occupe de toutes les excursions et de la location du matériel de plongée si c’était possible de tomber nez à nez avec un requin. Elle m’a dit qu’il y avait de grandes chances pour que ce soit un reef shark. Il y en a un qui se balade dans le coin en ce moment. Du coup je lui demande s’il est agressif ou si c’est un gentil toutou. Elle m’a répondu qu’en général, ils t’ignorent. Mais il ne faut pas tenter d’aller les titiller. C’est un peu comme avec les chiens : il ne dit rien un long moment, et d’un coup si tu y mets la main, hop : plus de main !

Voilà pour la dernière journée à Exmouth. Je suis content d’avoir enfin terminé d’écrire cette partie du voyage. C’était vraiment magique, mais c’était le 27 juillet. De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Et le voyage à quelque peu changé de cap entre temps… Je suis impatient de vous faire partager la suite, ce n’est donc pas impossible qu’il y ait plusieurs articles aujourd’hui.