Rencontre à Varanasi
12/06/2009 01:06   Print This Post

Suite de l’histoire…

Je dépasse un gars avec une casquette blanche. Il a reconnu ce que je sifflote sans y penser, ça me fait marrer. Il me dit que j’ai l’air heureux et que ça fait plaisir à voir. Un peu surpris de son entrée en matière, je lui dis qu’effectivement, j’ai connu pire. Il continue en disant que ça fait du bien de voir des gens sourire. Apparemment, il avait envie de discuter. Je ne suis pas contre un brin de causette qui n’engage à rien, même si depuis le début, je me demande quand est-ce qu’il va se décider à me refourguer sa came. Parce qu’après quasiment deux mois d’Inde, je me suis fait une raison : lorsqu’un indien vient te causer, ce n’est jamais pour le plaisir. Le fait que je voyage seul doit jouer, j’imagine.
En tout cas le bonhomme se présente. Moi, c’est Raju. Ok, moi c’est Romain, nice to meet you, Raju. « Enchante », qu’il me répond. Il cause un anglais impeccable, et en connait un rayon sur pas mal de choses. Les villes françaises, il m’en citent quelques-unes tranquillou.
 
Tout en marchand, il m’explique que lui aussi, il est plutôt heureux. Même si en ce moment, sa femme est chez ses parents pour quelques jours, et que du coup il doit se taper la bouffe et la lessive. Ça me fait marrer. Il me fait comprendre qu’il est intéressé pour apprendre quelques mots de français, si en échange il peut m’en apprendre quelques-un en hindi. Échange de bons procédés. Bref, il est tout sympa. On continue la balade en discutant. Il me montre quelques quartiers sympa. C’est là que je me décide à lui dire sur le ton de la conversation qu’en général, les gens causent avec moi pour finalement me demander du pognon. Je l’ai vexé. Il s’arrête, me dit qu’il gagne bien sa vie : il est tailleur pour quelques grands noms de la couture. Il veut juste montrer un peu la ville à un étranger, en guise d’hospitalité indienne. Il me dit qu’il comprend ma réaction. C’est vrai, il y a des gens bien et des cons partout, toutes nationalités confondues. C’est bien connu : la connerie ne fait pas de discrimination. Il ajoute que de toute façon, il est musulman. Sa religion lui interdit de réclamer de l’argent ou de mendier. Mouais, tous les musulmans n’ont pas autant d’états d’âmes. Pour que les choses soient claires, je lui dis que de toute façon, même si je le voulais, je ne pourrais pas lui filer grand chose. Je lui explique rapidement la situation avec ma carte de crédit qui ne fonctionne pas : je suis super limite niveau tune en attendant que l’histoire se règle. Tout en marchant, il me dit que ce soir, il va à un concert de musique indienne au nord de la ville. Je lui dis que de mon coté, je vais me rendre à Manikarnika Ghat vers 18h30. Il me propose de m’y accompagner. Ensuite si ça me botte, on pourra se rendre en rickshaw au concert, et aller manger un bout quelque part. Ça m’a l’air tentant. Un concert avec cithare et tablas, ça peut être une bonne façon de passer la soirée. J’en ai déjà fait un à Dharamsala, c’était excellent. On cause, on cause, et finalement, sans que j’y ai réellement fait gaffe, on se retrouve dans un quartier plus très commerçant. On s’arrête boire un jus de fruit dans une échoppe. Il insiste pour payer. Pas moyen de refuser.
 
De fil en aiguille, il m’avait amené à coté de son atelier. Il me montre quelques machines à tisser. Un peu bidon tout ça, mais pour ne pas paraitre impoli, je ne dis rien. Mais je n’en pense pas moins : il va tenter de me refourguer sa camelote, comme les autres. Dans le mille : deux minutes plus tard, il me propose de me montrer son travail. Bon, on a beaucoup marché. Ça me fera une petite pause avant de l’envoyer bouler et de reprendre mon chemin pénard. J’enlève mes pompes et me retrouve confortablement installé dans une pièce remplie d’articles de soies. Un gars censé être le patron du bordel est là pour me montrer sa marchandise, mon pseudo pote est assis à coté de moi, un autre est à l’entrée. Je sais déjà que je ne vais rien acheter et la situation commence à me gaver.
 

Arnaque, crime et botanique

Après coup, je me demande encore comment j’ai pu me retrouver là. C’est loin du centre-ville, on a bien marché 40mn. Et l’autre lascar commence à me déballer son matos. Je mets rapidement le holà, en disant à mon « pote » que je l’avais prévenu : je n’ai pas une tune du à mon problème de carte bleue. Et de toute façon, j’ai déjà tout ce qu’il me faut coté article de soie. Je n’ai pas ajouté que ce qu’il me montrait était de la merde, mais ça méritait, pourtant. Ils battent en retraite, tout dépité. Mais « Raju » s’excuse et me propose un chai. Je refuse. Il insiste.
 
Refuser un chai offert par un ami indien, c’est le comble de l’impolitesse.
 
Tous les signes avant coureurs étaient là. Je ne sais pas si à la lecture ça vous parait évident, mais c’est incroyable qu’a moi, qui était sur place, ça ne m’ait pas sauté à la figure plus tôt. J’en ai presque honte, tellement c’était énormissimo. Mais il faut dire que son discours était parfaitement rodé. Il est fort le bougre. Sans vouloir minimiser ma connerie, je dirais même que c’est un pro, dans son domaine. Il m’a dit tout du long exactement ce qu’il fallait pour m’amener là ou il voulait. Et moi, d’une naïveté sans faille, je me disais que rien ne pouvait m’arriver de bien méchant. Discuter avec un gars, ça n’a jamais fait de mal. Surtout que celui-là, il faisait deux têtes de moins que moi.
 

Parano

Je ne réalisais pas encore que la situation pouvait être potentiellement bien merdique. Mais a partir du moment ou il m’a proposé un chai, je ne sais pas, une sorte de 6e sens m’a fait enfin réagir. Ou un accès de paranoïa. Peut-être un peu tard, mais quand même. L’expression « Mieux vaut tard que jamais » ne s’est jamais aussi bien appliquée.
 
J’ai bu une gorgée du breuvage, pas encore bien certain de mon coup.
 

3 réponses pour “Rencontre à Varanasi”

  1. R1 à dit :

    Le 12/06/2009 à 13:45

    come on!! quel suspens!

  2. Da Rocha à dit :

    Le 12/06/2009 à 13:53

    Effectivement on a hâte de connaitre la fin !!

  3. Rico à dit :

    Le 12/06/2009 à 14:40

    ouai ! la suite ! LA SUITE !

    et… à Da Roch’ :o D


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